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Jill Sompayrac, « Nous n’avons qu’une vie, tout est possible »

Jill et sa tribu

Vous connaissez peut-être Jill Sompayrac. Si vous aimez les voyages, vous avez sans doute déjà vu sa page Instagram @jill_et_sa_tribu ou sa chaîne Youtube RaisedOnTheRoad. Pour raconter son vécu, son histoire avec Clément (son mari aux doigts de fée), ses quatre enfants (Martin, Rose, Raphaël, Sarah), ses deux Golden Retriever, Jill a pris la plume et écrit «Comment Réaliser ses rêves en famille». Un sujet passionnant que l’aventurière passionnée a accepté de nous raconter dans cet entretien riche en bonne humeur.


Une invitation à changer de vie

ECC : Pourquoi ce livre « Comment réaliser ses rêves en famille »

Jill : Je partage beaucoup sur les réseaux sociaux (Youtube, Instagram notamment) depuis 2017 au moment où nous sommes partis en Amérique du Sud pendant un an. Ce livre est l’aboutissement de l’ensemble de ces partages. J’ai eu cette opportunité de l’écrire. Je me suis dit que c’était le moment de le faire même si ma petite dernière n’avait que neuf mois et que ce n’était pas forcément simple à le faire en même temps. J’ai voulu faire ce livre comme un témoignage pour essayer d’inspirer d’autres personnes. J’avais envie de leur dire qu’on peut continuer à vivre les expériences qu’ils ont envie, ou leurs propres rêves, quand on a une famille. Souvent, quand on a des enfants, on se met des barrières. Ce n’est pas uniquement un livre sur les voyages. C’est aussi une invitation à changer de vie, à savoir qu’on peut voyager avec des enfants. Voyager, c’est aussi partir à quelques kilomètres seulement. J’espère inspirer d’autres parents.


ECC : C’est donc un témoignage de remise en question, pour dire qu’on peut vivre nos rêves quelque soit notre situation familiale ?

Jill : Oui, bien entendu. Mais j’imagine bien que c’est parfois plus facile pour certains que pour d’autres. Je l’explique. Pour nous (Jill et son mari Clément), nous sommes partis de rien du tout. Nous avions essayé de monter une entreprise d’optique. J’ai envie de dire que tout est possible, même si des fois, ça peut prendre plus de temps que prévu.

Nous sommes tombés amoureux du camping-car en partant dans le Grand Ouest américain

ECC : Avec Clément, vous n’avez pas toujours voyagé en camping-car ou en fourgon aménagé ?

Jill : Oui, tout à fait. Nos premiers voyages étaient en sac à dos. Nous sommes allés en Thaïlande, en Martinique. On a ensuite voulu tenter l’expérience camping-car dans le Grand Ouest américain. C’est l’endroit de rêve pour faire du camping-car (sourires). Là, on a loué un camping-car pour faire tous les parcs naturels. On s’est dit : « Waouh, mais c’est génial le camping-car ». Nous n’étions pas prêts à en acheter un mais cette première expérience nous a mis l’eau à la bouche. Nous sommes ensuite partis au Canada en voiture et tente. Au Canada, comme aux Etats-Unis, les parcs nationaux sont adaptés à ces pratiques, il y a tout et de la place. C’est extraordinaire.

ECC : Cela vous a donné l’envie de partir plus longtemps ?

Jill : A ce moment-là, notre fils avait 5 ans et notre fille, 3 ans. On s’est posés la question de partir sur des périodes plus longues que deux à trois semaines. On croisait des parents qui faisaient l’école à leurs enfants par exemple. Nous sommes dits : « Pourquoi pas nous ? ». On disait toujours à nos familles que nous partirions un jour mais je pense qu’ils ne nous avaient pas trop pris au sérieux (rires). On a décidé de le faire. Pour ça, nous avons tout vendu, le magasin de lunettes et la maison. On s’est libérés de tout, mis nos meubles chez un proche. Tout s’est vendu tellement vite que nous n’avions pas eu le temps d’organiser notre voyage.


ECC : Comment avez-vous fait ?

Jill : On a trouvé 4×4 Defender sur Le Bon Coin qu’on a reçu avec  une cellule assez lourde, avec une capucine. On l’a testé et on s’est rapidement rendu compte que ça patinait dès qu’on sortait des sentiers battus. Pour l’Amérique du Sud, ce n’était pas possible. On a réussi à la revendre très vite. Du coup, Clément a commencé à aménager le 4×4 tout seul avec l’aide d’un artisan du village. Il a aménagé l’intérieur, mis des étagères pour faire un placard accessible aussi de l’extérieur, une cuisine ouverte, un grand tiroir arrière pour les affaires plus une grande tente de toit familiale. On était parés pour sortir des sentiers battus. Mais, là encore, on a manqué de temps pour bien le tester avant notre grand départ. On s’est rendus compte plus tard qu’on ne connaissait pas bien notre véhicule. Il était quand même rustique (rires). Il était bien pour des pays où il fait beau tout le temps mais pour des endroits comme la Patagonie, les Andes, nous étions parfois un peu limités. On a clairement manqué de temps dans notre organisation.

Nous sommes partis en Amérique du Sud pendant un an avec l’idée de ne pas avoir à prendre l’avion plusieurs fois pour changer de pays.

ECC : Vous avez eu des moments de doute ?

Jill : A certains moments, on se disait : « mais qu’est-ce qu’on fait là ? » (rires). Nous sommes partis avec les petits et nos deux Golden Retriever pour aller à l’aventure en Amérique du Sud pendant un an. On est allés en Argentine, Chili, Bolivie, Pérou, Equateur, une petite escale aux Galapagos. C’était extraordinaire. Nous sommes ensuite passés en Colombie, où a renvoyé le 4×4 de Carthagène jusqu’à Marseille.

ECC : L’Amérique du Sud vous attirait ?

Jill : Pas forcément mais nous cherchions un cadre où nous n’avions pas besoin de prendre l’avion tout le temps. On l’a pensé pour les enfants mais aussi pour nos deux chiens (rires). On pouvait tout faire par la route. En Amérique du Sud, nous pouvions sensibiliser les enfants à une seule langue. D’ailleurs, quand on est rentrés, ils parlaient espagnols, nous aussi à la fin. C’était une grande expérience.

ECC : Depuis votre retour, la famille s’est agrandie…

Jill : En effet, lorsque nous sommes rentrés en France, le famille s’est agrandie avec Raphaël, le petit troisième. Nous avons repris une vie sédentaire «normale», Clément a trouvé un travail comme salarié. Comme j’étais enceinte, je suis restée avec les petits.


ECC : Mais depuis, vous n’avez pas arrêté les voyages il me semble ?

Jill : ça ne s’est pas fait de suite car quand on est rentrés, c’est comme si on repartait de zéro. Ce n’est pas anodin de revenir car tu fais face à des nouveaux soucis. Personne ne veut te louer de maison par exemple car tu n’as pas encore de travail, pas d’avis d’imposition. Il y a un décalage avec le voyage où on ne savait pas ce qu’on ferait le lendemain. C’était génial. Le retour a été plus difficile pour moi que pour Clément, car il a tout de suite retrouvé du travail. Il a pu se projeter sur autre chose. Les enfants ont repris l’école alors que moi, j’étais toute seule à la maison, à vivre une grossesse assez compliquée. Je continuais tout de même à partager sur les voyages sur nos réseaux.

J’ai traversé la France en camping-car avec les enfants

ECC : Du coup, quand et comment vous êtes vous relancés pour reprendre la route ?

Jill : A la naissance de Raphaël, tout s’est enchaîné. C’était difficile, pour nous, avec trois enfants, de partir en vacances. On finissait les mois difficilement. Là, tu réfléchis et tu te rends compte qu’après avoir fait des si beaux voyages, c’est dur de se dire que tu ne peux pas partir en vacances. Nous avions encore quelques sous de côté. On s’est posé la question de racheter un camping-car. Je voulais quelque chose d’un peu plus confortable que notre vieux 4×4 (rires). Au début, Clément n’était pas trop chaud, il a fallu que je parvienne à le convaincre (rires).

ECC : Vous avez racheté un camping-car d’occasion et avez repris les voyages ?

Jill : Oui. On a commencé à reprendre la route, les week-ends, les vacances. Je partais parfois toute seule avec les enfants car Clément travaillait et avait moins de temps libre que moi de par son travail. Je me suis éclaté avec ce camping-car. J’ai traversé la France, suis allée ma sœur à Strasbourg. Je faisais plein de choses avec les petits. Ça me faisait plaisir, vraiment plaisir. Mais le confinement est arrivé.

ECC : Comme pour beaucoup, ça a bouleversé vos plans ?

Jill : Le magasin de Clément a fermé par exemple. Donc, il est ressorti de son quotidien. Il faisait beau. En revivant ça, il m’a dit qu’en fait, «la vie qu’on a aujourd’hui, ce n’est pas celle qu’on voulait quand on l’avait quitté». On avait le projet d’aller au Cap Nord. Je suis tombée enceinte de nouveau. En fait, le confinement nous a ouvert les yeux sur ce qu’on voulait et ce qu’on  ne voulait pas. Ce n’est pas simple de se rendre compte que lorsque nous sommes revenus d’Amérique du Sud, nous avions moins de 30 ans et nous avions déjà réalisé notre rêve. C’est fou de se dire ça et de se demander quoi faire maintenant.


ECC : Le changement finalement vient de Clément et son travail ?

Jill : En effet, il a eu une nouvelle opportunité, ce qui nous a fait déménager sur Toulouse. Mais très vite, ça a été la douche froide. Il a détesté ce travail. Par contre, nous étions trop bien à Toulouse, les enfants adoraient et moi, j’ai pu faire pas mal de connaissances. Mais lui n’a pas aimé son travail. Il m’avait dit : « soit ça me plaît, soit pas du tout et on part au Cap Nord». Bon, ça ne lui a pas plus du tout (sourire).

Le Cap Nord à bord d’un Itineo SB720, un six places carte grise qui colle bien à la grande famille.

ECC : Direction le Cap Nord donc ?

Jill : Oui, à l’été 2021 pendant les vacances scolaires. C’était génial. La vie est très bien adaptée aux camping-cars. On a pu se poser partout en Suède, au bord des lacs, en forêt. C’était extraordinaire. Tous les jours, nous étions émerveillés par ces paysages magnifiques. C’était tranquille, on se promenait, c’était la nature. Sarah, notre dernière, n’avait que quatre mois, Raphaël, deux ans et demi. Les grands, neuf et sept ans. Nous sommes partis avec un Itineo SB720 que nous venions d’avoir car le précédent n’avait que 5 places carte grise. Avec l’arrivée de Sarah, ce n’était plus possible.

ECC : C’est assez rare de trouver un six places carte grise d’ailleurs ?

Jill : Oui, celui-ci nous allait très bien, mais Clément l’a rénové avant de partir au Cap Nord. On l’a repeint, changé les housses. Il avait plus de dix ans, le rénover l’a rendu plus chouette. Ce camping-car avait un très grand salon, ça nous allait très bien. Il était grand. Il y avait de la place pour nous tous. L’inconvénient était qu’il fallait bouger les sièges auto tous les soirs pour faire le lit en transformant la dînette. Nous n’avions donc pas les couchages fixes pour six. Pendant ce temps-là, je continuais de partager sur les voyages, la vie de maman, sur les réseaux sociaux. J’avais environ 50.000 abonnés. Cela me permettait de travailler un peu avec et de gagner un peu d’argent. Ce n’était pas suffisant pour faire vivre toute la famille mais ça nous a bien aidé. On savait que Clément pourrait, éventuellement, retrouver un travail. C’était une belle expérience que nous avons pu partager avec les enfants.

ECC : Tu es présente sur les réseaux sociaux, mais Clément aussi du coup, notamment sur votre chaîne YouTube ?

Jill : Oui. Quand il a quitté son job, il s’est lancé pour alimenter régulièrement la chaîne. Il montrait notamment pas mal de vidéos sur la transformation du camping-car. Il a partagé tout le voyage au Cap Nord. On se disait juste « On a qu’une vie »!


ECC : C’est un peu le fil rouge du livre cette phrase ?

Jill : C’est ça. On a qu’une vie. On a la santé, on peut faire des choses. On peut attendre bien sûr. Il faut juste faire des choix et les assumer. J’ai pleinement profité de mes enfants par exemple. C’est un choix. Pour les enfants, ça leur laisse des souvenirs à vie. Rose a 8 ans aujourd’hui. Elle est allée aux Galapagos quand elle avait 4 ans. Ça l’a marquée. Elle nous en parle souvent et nous dit : « papa, maman, il faut absolument qu’on aille aux Galapagos parce que Raphaël et Sarah doivent absolument voir ça » (rires). Pour elle, c’est pas possible autrement, les petits doivent aussi connaître ça. Je leur dit toujours que tout est possible. J’ai hâte en fait de les voir grandir et voir ce qu’ils vont faire de tout ce qu’ils ont déjà vécu.

Voyager, c’est aussi apprendre à mieux se connaître et trouver des solutions  à des soucis inédits.

ECC : Que retires-tu d’autre de ces voyages ?

Jill : On apprend à se connaître très très bien en fait quand on fait de tels voyages. Notre premier voyage était rustique. Ce n’était pas simple. Mais nous avons toujours trouvé des solutions. Quand on est loin de chez soi, les problèmes paraissent tellement plus compliqués que quand on a nos repères. Une fois, nous avons eu une panne monstrueuse sur le 4×4 après des inondations. Il ne pouvait plus avancer. Il a fallu sortir de la jungle, traverser des rivières à la force d’un treuil. Nous avions été bloqués trois jours car les routes avaient été arrachées par la puissance des flots. Il n’y avait aucun réseau. Là, on est deux. Tu es obligé de trouver des solutions sans montrer ton stress aux enfants. Ce qui n’est pas possible (rires). C’était en Bolivie. Clément a traversé une rivière sans savoir s’il aurait pied. Une première fois pour aller dans un village. Une seconde fois, le lendemain matin pour aller trouver un homme qui avait un tracteur, mais qui ne pensait pas possible de traverser la rivière. On a mis la vidéo sur Youtube. C’était impressionnant. Clément a été persuasif en expliquant qu’il avait sa femme et ses enfants à bord du 4×4. On a vu, pendant ces jours-là, une grande solidarité dans la forêt. Cet homme a réussi à nous tracter. Ensuite, on a trouvé des solutions grâce aux réseaux sociaux pour réparer notre 4×4. Mais c’était vraiment compliqué. Après, nous avons été très prudents (rires). On apprend tous les jours en fait.

ECC : Au final, ce livre, « Comment réaliser ses rêves en famille», est un témoignage familial sur la vie et l’aventure  ?

Jill : C’est un témoignage sur le voyage mais aussi le retour qui n’a pas été facile. Je pense que c’était important de montrer que ce n’est pas tout rose. Je pensais que ce serait simple de revenir, que j’allais m’adapter tranquillement. Mais non, ce n’était pas facile du tout. J’étais en décalage avec mes proches. Mais j’évoque la parentalité, la maternité, la grossesse, c’était important. J’avais aussi envie de mettre, à la fin, un petit guide pratique pour mieux vivre ses voyages. Ce n’est pas une leçon pour les autres. Je raconte juste mon expérience, notre vie en expliquant ce qui a été bien fait, là où on s’est gourés. J’ai juste envie de dire que tout est possible, de croire en soi. Beaucoup de gens ne se rendent pas compte de tout ce qu’ils peuvent faire. Tout est possible (rires).

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