Nicolas Rousseau

Nicolas Rousseau, directeur général du Groupe Rapido, revient, pour Esprit Camping-Car, sur la saison qui se termine, l’explosion du marché du fourgon et van aménagé mais aussi sur les évolutions futures que pourraient connaître notre mode de loisirs préféré. Entretien.

Nicolas Rousseau

Esprit Camping-Car : Nicolas Rousseau, quel bilan pouvez-faire pour le groupe Rapido de la saison qui se termine ?

Nicolas Rousseau : Pour toutes les marques du groupe, nous sommes sur des augmentations de volume de production. Bien évidement, nous aurions pu faire encore mieux car nous avons été très impactés par les soucis de Fiat et d’approvisionnement de châssis. Il y a eu des perturbations logistiques d’approvisionnement de composants et de châssis mais nous allons conclure très positivement cette année pour l’ensemble du groupe. Sur le marché français du camping-car, Rapido est impacté en raison de ces soucis. Il devrait nous manquer 200 à 300 véhicules en France dans les immatriculations.

Le groupe Rapido s’ouvre à d’autres porteurs que le Ducato

ECC :  Tous les constructeurs rapportent ces problèmes de châssis notamment. Est-ce que vous pensez que cela puisse durer encore longtemps ou doit-on s’attendre à une résolution rapide ?

Nicolas Rousseau : Les informations que nous avons reçues de Fiat dernièrement laissent à penser que ces perturbations pourraient même durer un peu plus longtemps que ce qu’on a déjà connu. Je ne crois pas qu’on connaîtra de gros coups durs avec des annulations de plusieurs centaines de châssis malgré tout. Cela ne devrait plus arriver, j’espère. Par contre, les perturbations logistiques pour l’usine avec des ralentissements notamment, c’est fort probable qu’on en vive de nouveau. La politique du groupe est de s’ouvrir également à d’autres porteurs comme Peugeot par exemple. Nous axons notre développement dans ce sens afin de pouvoir jouer sur plusieurs tableaux.

ECC : Doit-on comprendre que Rapido peut, aujourd’hui, s’ouvrir à d’autres solutions de porteurs que le Ducato, pas uniquement sur les vans et fourgons aménagés mais aussi sur les cellules ?

Nicolas Rousseau : Nous y réfléchissons en effet. Nous ne nous interdisons pas de développer un jour un nouveau porteur sur une gamme Rapido. Nous travaillons aujourd’hui sur Fiat et Mercedes. Peut-être que demain nous intégrerons une nouvelle marque en fonction des capacités de cette marque à nous fournir. Les portes ne sont pas fermées mais aucune décision n’est prise à l’heure actuelle.

Nous cherchons une cinquantaine de personnes à l’usine de Mayenne

ECC : En dépit des soucis logistiques rencontrés, Rapido est en pleine phase de recrutement en ce moment à la production ?

Nicolas Rousseau : En effet. Nous cherchons environ une cinquantaine de personnes. L’extension de l’atelier d’assemblage sera définitivement terminée en septembre. Nous aurons ainsi une cinquième ligne qui devrait démarrer au mois d’octobre. Nous cherchons une quinzaine de personnes pour l’atelier menuiserie, ainsi qu’une cinquantaine de personnes qui seront réparties sur différentes lignes au montage. Il y a un enjeu important. C’est compliqué de recruter partout y compris en Mayenne. Nous devons nous montrer attractifs dans notre manière de recruter. C’est un gros défis d’autant plus qu’en Mayenne, le taux de chômage est de 4%. Nous cherchons des gens qui ont le savoir-être, qui sont motivés, qui ont soif d’apprendre et qui sont curieux.


Quand on entre chez Rapido, on peut évoluer

ECC : Est-ce que la culture familiale de l’entreprise Rapido peut aider ou entrer en ligne de compte pour réussir votre recrutement ?

Nicolas Rousseau : Je pense que oui mais, au final, c ‘est important pour certains, moins pour d’autres. Nous véhiculons des valeurs fortes et espérons recruter dans ce sens. Mais il ne faut pas se leurrer, aujourd’hui, beaucoup cherchent un travail qui soit alimentaire. A contrario, nous avons pas mal de salariés qui sont partis, puis revenus chez nous en tenant un discours positif envers nous. Nous essayons surtout de mettre en avant que nous sommes une entreprise dynamique avec une gestion familiale, paternaliste. Chez Rapido, quand on y rentre, on peut évoluer.

ECC : Quels sont les objectifs du groupe Rapido pour les années à venir ?

Nicolas Rousseau : Ils sont sensiblement les mêmes que ces dernières années. C’est-à-dire augmenter nos capacités de production, continuer à fabriquer des produits de bonnes qualités, être plus visible sur les différent marchés européens. Enfin, nous souhaitons poursuivre nos parts de marché sur la cellule et les vans et fourgons aménagés, des segments très porteurs.

ECC : Misez-vous, également, sur tout ce qui est notion de services, comme le service après-vente par exemple ?

Nicolas Rousseau : C’est un aspect essentiel pour nous. Nous avons d’excellents retours de nos concessionnaires sur les services qu’on peut donner. Je pense que c’est essentiel. Aujourd’hui, le marché est au top, tout se vend. Par contre, le jour où il y aura un retour de marché moins positif, les marques qui seront les meilleures dans leur segment auront moins de difficulté. Dans le groupe, on travaille beaucoup pour être à ce niveau-là.

Nous devons être à la hauteur des exigences de nos clients

ECC : Nous avons souvent des retours de lecteurs sur le SAV pas toujours à la hauteur des constructeurs de manière générale. Qu’est-ce que le groupe Rapido, à son niveau, peut faire pour que ses utilisateurs soient rassurés sur ce point ?

Nicolas Rousseau : C’est très important de répondre à cette demande. Bien entendu, on entend toujours plus les mécontents que les autres. Toutefois, il faut être à la hauteur. Chez Rapido, nous avons créé une nouvelle plate-forme de web-service qui est déployée pour l’ensemble du groupe (Rapido Mayenne, Fleurette, Giottiline en Italie). Cette plate-forme est e-commerce, elle permet de voir l’état des stocks, les pièces, les livraisons en cours. Elle tourne très bien. Ça nous arrive d’avoir des petits problèmes mais il faut être capable de les régler rapidement pour le client. Cette plate-forme nous aide beaucoup et nous donne un temps d’avance. Par exemple, aujourd’hui, le temps moyen entre la commande d’une pièce et l’envoie est, à Mayenne, d’environ 5 jours. L’exigence est de plus en plus forte de la part des clients, on travaille dans ce sens. Par ailleurs, nous avons mis en place des kits de réparation rapide pour nos concessionnaires vans et fourgons aménagés comme Westfalia ou Stylevan afin qu’ils aient toujours des pièces disponibles en concession pour répondre rapidement à la demande du client.

Chez Rapido, toutes les pièces de carrosserie sont réparables pendant 10 ans

ECC : Est-ce que sur le marché du camping-car, chez Rapido notamment, il existe une règle comme quoi un camping-car pourra être réparé pendant 5 ans, 8 ans, 10 ans comme cela existe dans d’autres domaines industriels ?

Nicolas Rousseau : Il n’y a pas de règle propre au camping-car. Chez Rapido, nous avons toutefois décidé de mettre en place nos propres règles, à savoir que toutes les pièces de carrosserie sont réparables pendant 10 ans. En ce qui concerne les autres pièces, c’est assez variable en fonction du type de la pièce, ça peut être 5 ans. Mais si on ne peut pas en changer une fidèlement, nous cherchons une solution similaire avec d’autres références.

ECC : Le client est-il au courant de cette réparabilité de 10 ans des pièces de carrosserie ?

Nicolas Rousseau : Aujourd’hui, non, car nous ne communiquons pas sur ce point précis. Aux yeux des clients, le service est un axe essentiel, nous devrions sans doute communiquer plus sur cela.


L’écologie se joue à tous les niveaux

ECC : Parlons écologie. Que peut faire un groupe comme Rapido pour rendre les véhicules plus propres, pour produire des camping-cars plus «verts», pour aller dans le sens de l’écologie et de toutes ces nouvelles normes complexes qui voient le jour ?

Nicolas : Il faut déjà savoir que nous sommes tributaires, dans un premier temps, des marques de porteurs. Toutefois, à notre niveau, nous essayons d’agir sur nos locaux afin qu’ils soient faibles en consommation d’énergie. De plus, nous travaillons au maximum avec des fournisseurs locaux. La pandémie a eu cet effet d’ouvrir les yeux de nombreuses industries en France, notamment de travailler plus localement, avec des fournisseurs locaux. C’est plus écologique, c’est indéniable. Pour les produits, nous commençons à réfléchir à l’impact écologique qu’ils peuvent avoir. Nous sommes dans une dynamique de réduction des poids des véhicules, ce qui est une vraie démarche écologique. Nous pouvons faire encore plus car nous allons, sans doute, dans le futur, répondre à certaines normes d’émission de CO2. L’écologie se joue à plusieurs niveaux. Au niveau entreprise, notamment ici à Mayenne, nous sommes dans un secteur rural. On travaille sur un aspect de limitation de temps pour venir au travail avec la mise en place de covoiturage. Sur le nouveau parking, les salariés pourront recharger leurs voitures électriques s’ils en ont. On va installer des panneaux solaires sur le prochain bâtiment que nous sommes en train de construire. Les choses se mettent en place, mais ça prend du temps.

ECC : Sur l’aspect pratique et de l’utilisation du camping-car, un long combat est mené pour changer les réglementations sur le permis de conduire. Est-ce qu’il y a des avancées sur ce point ?

Nicolas Rousseau : Il y a, en effet, des avancées pour voir ce changement de limitation de poids pour conduire avec un permis B. Nous devrions avoir un retour de la Commission Européenne sur le sujet avant la fin du mois d’août logiquement. C’est un débat qui existe depuis de longues années. Donc, pour l’instant, je n’y crois que moyennement, mais j’espère vraiment me tromper car ce serait une grande avancée pour nous constructeurs.

A mes yeux, l’hydrogène est la solution du futur si on trouve une technique pour la démocratiser

ECC : Un changement ouvrirait les portes à des nouvelles technologies pour les camping-cars ?

Nicolas Rousseau : Oui, ça changerait beaucoup de choses en termes d’autonomie, de conception de nos véhicules. Ça ouvrirait également des portes à l’arrivée des véhicules hybrides ou électriques avec plus d’autonomie. Des études sont menées sur l’impact du camping-car, de la pratique du camping-car par rapport à d’autres pratiques de vacances-loisirs. Ce sont des études comparatives. On s’aperçoit souvent que la consommation et l’impact CO2 d’un camping-car est juste au-dessus d’une maison secondaire mais largement en-dessous que des vacances de type avion-voiture de location-hôtel.

ECC : Est-ce que l’arrivée de porteurs GNV (roulant à l’hydrogène) est possible et souhaitable pour le marché du camping-car ?

Nicolas Rousseau : Complètement. Je pense que l’hydrogène est la solution. Aujourd’hui, on a quand même des diesel de plus en plus propres. L’hydrogène est très intéressant mais, pour le moment, en France, nous avons que trop peu de pompes. Après, la question sera de voir quel sera le poids d’un véhicule roulant à l’hydrogène. Mais, à mes yeux, l’hydrogène serait une vraie bonne solution pour les camping-cars et intégraux si une technique permet de les démocratiser. Pour les vans, l’électrique peut rester une bonne solution mais pas pour les camping-cars de 3,5 tonnes, 4 tonnes. L’hydrogène est très développé en Allemagne. En France, c’est à l’étude. Si des possibilités existent, nous serons intéressés mais il faut aussi qu’économiquement, ce soit faisable. Ça va dans le sens de l’histoire. Par contre, il ne faudrait que la réglementation avance plus vite que les évolutions technologiques. Sinon, ça va être compliqué.

ECC : Le marché est en pleine croissance aujourd’hui. Ne doit-on pas craindre une saturation à un moment donné ?

Nicolas Rousseau : On voit beaucoup de nouveaux clients arriver sur les vans et fourgons aménagés. Je pense que ce marché peut encore progresser, car la décote est faible, la demande est forte, la cote de l’occasion est énorme alors que la pénurie de véhicule est là. C’est un mode de vacances différent qui surfe sur les tendances du moment comme l’outdoor. C’est dans l’air du temps. Sur le marché de la cellule, le camping-car redevient un marché attractif après quelques saisons de plafonnement. Des constructeurs, comme nous et d’autres, essaie d’adapter leur produit, notamment en créant des véhicules plus compacts. Est-ce que dans les années à venir des problèmes peuvent survenir ? Il faut espérer que les solutions de stationnement soient à la hauteur pour répondre à cette forte croissance de la demande.

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